Le sentier du papillon bleu. Île Plate, 8 juin 2013

DSC08730À partir du moment où nous quittons le catamaran jusqu’à celui où nous débarquons sur l’île, les eaux turquoise captent toute mon attention. Assise au bout du zodiac, je ne parviens pas à me détacher de ces nuances profondes auxquelles je n’ai jamais su résister et qui font défiler toute la gamme allant du vert au bleu – en gallois et en breton il n’y a qu’un seul adjectif pour la couleur bleu-vert, la palette de la mer en somme, qui peut virer au bleu foncé en l’absence de soleil ou franger d’écume les vagues émeraude – comme j’ai toujours eu du mal à distinguer le bleu du vert, je me dis que je dois souffrir de daltonisme marin, comme tous ceux qui ont vécu longtemps près de la mer j’imagine. La transparence rend le turquoise d’une limpidité sans égal et l’œil se vautre dans ce trop-plein de couleurs aquatiques dans un accès de douceur, attiré par les profondeurs.

DSC08732Sur le sable, une souche brille au soleil, son bois lavé par l’eau, telle une épave, comme si de l’arbre il ne restait que les os blanchis par la mer. Elle lance au loin ses racines en direction de la terre semble-t-il, dans un geste désespéré de quitter le rivage où elle a échoué, on ne sait trop comment. Je suis venue herboriser sur l’île Plate pour emboîter le pas à un botaniste de papier et voilà que je tombe en premier lieu sur une souche, un arbre mort, signe du temps enfui mais aussi persistance de la matière végétale après la mort, support des mots que je traque. Je passe allègrement de la littérature à la biologie – j’ai retrouvé ma fascination première pour la science du vivant depuis que je me suis mise en tête d’étudier le végétal dans les lettres. L’arbre mort me conduit au vivant.

DSC08734Est-ce une souche de filao? À quelques mètres se trouvent de grands arbres que le vent penche vers la mer, dans lesquels je reconnais la silhouette des filaos si longuement rêvés le nez dans les livres de Le Clézio. Ils abritent sous leurs branches des batatrans, des ipomées nommées ainsi en raison d’un certain Durand paraît-il – la patate à Durand serait devenue, avec l’accent créole, batata à Durand, batatran – en arabe aussi la patate douce se dit batata – j’aime dériver entre les noms et les plantes.

Nous cherchons, Isabelle et moi, le chemin qui passe au milieu de l’île pour rejoindre le phare, avec l’espoir de revenir en longeant le rivage. Mary, Sarah, Toni, Cécile et sa soeur jumelle nous emboîtent le pas. Nous marchons d’un bon pas depuis une quinzaine de minutes quand le vol d’un papillon nous force à nous arrêter : nous attendons qu’il se pose pour l’observer. DSC08750 C’est un papillon bleu aux ocelles ocres, sans doute une variété de junonia me dit Isabelle – vérification faite, c’était bien un junonia rhadama –, qui du même souffle me raconte les chasses aux papillons en compagnie de son père passionné d’entomologie. Une enfance bénie, en somme, sous les auspices de l’aventure et de l’aérien. Je me souviens avoir remarqué en riant que le papillon bleu (je préfère son nom vulgaire) nous ouvrait le chemin en voletant ainsi juste devant nous – je ne croyais pas si bien dire. Tout au long de la marche jusqu’au phare, il nous a précédées, disparaissant et reparaissant sans arrêt, en un vol étrange qui me détournait des plantes que je photographiais dans l’espoir de les identifier un jour, à défaut de pouvoir les reconnaître sur place. Comme la piste indiquée sur la carte n’était pas nommée, nous avons d’un commun accord décidé de la baptiser en l’honneur de notre guide ailé. Il faut dire que le « sentier du papillon bleu » est plus facilement praticable pour un papillon que pour un bipède, en raison des broussailles et des épineux qui assaillent les jambes, des végétaux innommables (je serais bien incapable de les nommer), qui égratignent les mollets – enfin ceux de mes collègues, car j’avais mis un pantalon ce jour-là, par chance, mais je suis tout de même revenue avec une longue balafre sur l’avant-bras, sorte de tatouage végétal, de signature éphémère qui m’a rappelé durant tout le séjour à Maurice le sentier à peine balisé que nous avons suivi.

DSC08770Arrivées au phare pourvu de couleurs éclatantes – blanc et rouge – dans l’azur où flottent de légers nuages, nous devons escalader le muret qui entoure les bâtiments avant de poursuivre notre route pour rejoindre le rivage, que nous devinons loin en-dessous.

Parmi les buissons, nous trouvons une tombe datée du 28 février 1856, celle de Sarah Creed, morte à 28 ans en laissant derrière elle quatre jeunes enfants en plus de son mari. Dans la conférence préparée pour le congrès qui débute le lendemain, je parle des deux occurrences en anglais dans La quarantaine : la carte de l’île, réalisée en 1857, et les mots inscrits par une autre Sarah (Metcalfe) sur la couverture du calepin (fictif) de son mari : le 28 mai 1891. Drôle de coïncidences tout de même…
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C’était juste avant de découvrir le banian gigantesque qui a littéralement envahi cette partie de l’île avec ses lianes-racines en colonisant l’espace sur des mètres et des mètres – nous avons même essayé d’en faire le tour en bravant les broussailles, sans succès. J’avais vu des banians en Égypte, mais aucun n’arrivait à la cheville de celui-là. Je comprends maintenant pourquoi autant de légendes y sont associées, pourquoi le figuier banian est sacré dans certaines cultures : notre parcours a pris fin à cet endroit, nous n’avons pas pu nous aventurer du côté ouest de l’île ainsi que nous l’avions prévu. Le banian nous refusait-il le passage, pour je ne sais pour quelle raison? Ou bien était-ce l’appel du papillon bleu? Peut-être qu’il nous attendait à l’orée de son sentier préféré? En vain, nous l’avons cherché en dévalant de plus belle le chemin du retour…

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Balade géopoétique en bord de Loire 2, par Nuscia Taïbi

@RBouvet

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Le point de départ était les traces, qui en avaient laissé de profondes et nombreuses depuis l’année dernière. Elles nous ont menées ici pour cette expérience, ensemble à nouveau pour certaines, une nouvelle fois hors des formats universitaires habituels. Dans la marge, en bref, celle qui peut être si féconde, celle d’où l’on prend du recul pour décentrer le regard et qui rappelle encore le colloque «Traces du végétal».
Cette balade géopoétique nous a transportés de la pointe, confluence des eaux de Maine et de Loire, à l’atelier de Dominique Rousseau, manipulateur de végétaux et de traces.
@ CPavie

@ CPavie


Nous étions dans le paysage et nous y mélangions nos regards, nos savoirs dans la plus parfaite des improvisations apparente, mais, comme au théâtre, dans un cadre et avec des objectifs. Nous y avons voyagé au long cours des bords de Loire jusqu’au Brésil et autres contrées exotiques, des inondations, tardives et exceptionnelles, aux embrasements des forêts tropicales sud américaines, conférant à ces paysages ordinaires un caractère extraordinaire. Les gris-bleus délavés verdâtres ligériens se sont fondus aux verts bleus des profondeurs océanes, glauques et fantasmagoriques. La pluie et la fraîcheur d’Angers se sont effacées dans cette parenthèse ouverte dans la semaine, face à cette profusion insoupçonnée d’éléments exotiques qui se révélaient le long du chemin : végétation méditerranéenne avec figuiers et autres arbustes aux caractères visiblement xérophiles ; roses de Chine comme je me plais à le penser depuis un séminaire végétal passé organisé par Cristiana; souvenirs africains face au fleuve roulant ses eaux gonflées par les pluies incessantes des dernières semaines, réminiscence du fleuve Sénégal également ressurgi à l’évocation d’un ami disparu, connaissance commune avec les deux promeneurs rencontrés.
Les rosiers vagabonds et les églantiers ont eux aussi transgressé les limites pour s’inviter le lendemain matin dans le séminaire de l’axe « Culture du végétal » où nous avons poursuivi nos promenades et rêveries éveillées.
Aujourd’hui encore dans la moiteur d’Angers en ce début d’été, ce sont les descriptions de Marie Le Franc lues par Rachel qui me viennent à l’esprit pour mettre en mots des sensations entremêlées à des souvenirs vécus ailleurs dans des forêts finlandaises estivales ou comoriennes tropicales humides.
Bref, cette histoire n’est pas finie.

Balade géopoétique en bord de Loire

La Pointe de Bouchemaine, 29 mai 2013

© RBouvet

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Participants: Isabelle Trivisani, Cristiana Pavie, Nuscia Taïbi, Dominique Rousseau, Françoise Crasnier, Anaïs Boulard, Lucia Toma, Melissa Pitaut, Mia Luciana Jinga, Rachel Bouvet.

Pour répondre à la demande de mes collègues de l’Université d’Angers travaillant sur les «Cultures du végétal», qui voulaient s’initier à la géopoétique, j’ai invité l’artiste angevin Dominique Rousseau, dont la démarche consiste à fabriquer des papiers à partir de fibres végétales et d’empreintes, à collaborer au projet. Il a proposé de déambuler sur le chemin enserré entre le fleuve et la voie ferrée, au bout de la Pointe de Bouchemaine, pour faire comprendre le rôle que jouent le dehors et la marche, l’exploration des lieux, dans l’élaboration d’un projet géopoétique.

© CPavie

© CPavie

Avant de se mettre en route, Cristiana attire notre attention sur le rosier qui semble s’être échappé du jardin pour pousser en dehors des murs. Peut-être a-t-il voulu rejoindre les nombreux rosiers sauvages, les églantiers qui poussent tout le long des rives ligériennes et qui collaborent à leur insu à la présentation sur les rosiers du XIXe siècle qui aura lieu demain ? Nuscia a plutôt remarqué le figuier immense, déjà chargé de fruits, dont la frondaison s’élève bien au-dessus des murs de la propriété, évoquant quant à lui l’époque où les bateaux apportaient des espèces végétales exotiques depuis des contrées éloignées, des espèces pouvant s’acclimater facilement en raison de la chaleur estivale — ce qui n’est pas le cas aujourd’hui : les averses se sont arrêtées le temps de notre balade, quelques rayons de soleil passager ont même réussi à faire briller les feuilles encore chargées de gouttelettes. La pluie qui tombe depuis le début du printemps a donné aux rives une luxuriance végétale éblouissante. Nous commençons tranquillement à marcher en bord de Loire, juste après le village situé à l’embouchure de la Maine, à l’affût des paysages baignés dans l’eau. L’eau est tellement haute que les troncs de certains arbres sont complètement immergés, les pluies ont été tellement abondantes que le niveau de l’eau atteint presque le début du chemin. Je ne sais pas si la « bouche » de la Maine déversait autant d’eau que maintenant au moment où l’on a nommé l’endroit, mais ce qui est sûr, c’est que la confluence de la Maine et de Loire ne peut pas laisser indifférent.

© FCrasnier

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J’ai toujours eu un faible pour ces lieux où les eaux se rencontrent, charriant avec elles leur passé, leurs poissons et leurs alluvions pour continuer ensemble, l’air de rien, créant un milieu unique, dans lequel seul un œil exercé parvient à distinguer les différents apports. À force de contempler cette vaste étendue liquide, on a l’impression que la rivière et le fleuve s’avalent mutuellement, dans un grand élan fusionnel.

© CPavie

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Alors que je venais de déplorer il y a quelques minutes à peine l’absence de botanistes dans le groupe, nous croisons deux messieurs en train de discuter au sujet d’une orobanche. Personne ne parvient à déterminer quelle plante elle parasite exactement (l’orobanche est bien connue dans l’équipe de recherche Cultures du végétal, puisqu’elle y a fait l’objet d’études l’an dernier), mais elle possède à n’en pas douter le don de déclencher les rencontres. Nous croiserons et recroiserons tout au long de la balade ces deux promeneurs aux cheveux blancs, heureux de répondre à nos questions de néophytes, contribuant sans le savoir à un projet géopoétique. On admire ensemble les lychnis, ces petites fleurs blanches si finement étoilées, l’euphorbe, avec ses feuilles toutes rondes oscillant entre le vert et le jaune, les digitales (qu’on appelle en gallo des « petok », car c’est le bruit qu’elles font quand on les éclate entre le pouce et l’index), les coquelicots, la vipérine, cette fleur aux petites clochettes d’un bleu vif qu’on nomme aussi l’herbe aux vipères. Est-ce parce que la forme des étamines rappelle la langue des vipères ? Parce qu’elle est réputée soigner les morsures venimeuses ou parce qu’elle secrète elle-même un poison paralysant ? Elle a pourtant l’air totalement inoffensif. Quelques instants plus tard, voulant en avoir le cœur net, je demande à François Hubert (après l’avoir interrogé sur le nom des plantes, j’ai fini par lui demander son nom à lui) s’il est botaniste. Il s’exclame alors, d’un air ahuri : «mais non, pas du tout ! »

My beautiful picture

© FCrasnier

J’ai devant moi un spécialiste des zones humides, assez nombreuses dans la région, un agronome qui a pris sa retraite et qui se passionne toujours autant pour la végétation, mais qui parcourt les bords de Loire en simple amateur. Je comprends maintenant son intérêt si marqué pour les graminées rencontrées en chemin, la folle avoine et la houlke laineuse, qui doit son nom à la douceur de sa tige, dont le toucher rappelle effectivement la texture de la laine, à moins que ce ne soit la douceur des ondulations que laisse le vent en traversant les champs. Son collègue, Jean-Pierre Lecomte, nous apprend qu’il travaillait quant à lui pour la protection des milieux humides dans la région. Il nous parle de ses photos de trognes, ces arbres qui semblent morts alors qu’en réalité une vie intense grouille au creux des branches coupées, rognées. « Laissez vivre les arbres morts ! » — j’ai noté la phrase, mais pas le nom de son auteur. S’il se reconnaît ici, qu’il me pardonne cet oubli. Ce n’est pas banal de faire de telles photos, se disent quelques-uns parmi nous ; si seulement on était un peu plus audacieux, on demanderait à les voir. Quelle belle rencontre fortuite tout de même…

© RBouvet

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Spontanément, un rond s’est formé près de la pierre Bécherelle (haute sculpture naturelle qui a tout pour être un point de ralliement) et la discussion va bon train : l’un se rappelle avoir visité l’atelier de Dominique, les autres se découvrent des connaissances communes à la Faculté de géographie, chacun reconnaît chez l’autre une curiosité de même nature pour les plantes, pour l’environnement. Un moment magique, où la parole tisse des liens, où s’ébauche un dialogue entre personnes issues de milieux différents mais complémentaires. Un de ces moments rares qui font tout le charme des ateliers de géopoétique, fondés sur le partage des regards et des savoirs et basés sur un vécu collectif.

© RBouvet

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C’est sur la pierre Bescherelle que Dominique étale un morceau de pâte à modeler pour nous expliquer comment il réalise ses empreintes. Nuscia a choisi une anfractuosité du rocher, Isabelle le tronc d’un acacia, Françoise la base d’un frêne, et moi le nœud du même arbre, un peu plus haut. Cela fait tellement longtemps que je rêve d’un atelier d’empreintes ! Depuis l’atelier de cartographie dans les ruelles de Montréal, en fait, on me l’a fait remarquer il n’y a pas si longtemps. L’arbre semble avoir une nouvelle peau, un peu pâle, une pelure que l’on détache délicatement, ——, afin de conserver son image intime, son empreinte végétale qui a sans doute un caractère aussi distinctif qu’une empreinte digitale. DSC08537Le nœud dessine un genre de V sur la pâte, les creux et les bosses sont moins rêches au toucher que l’écorce elle-même, mais tout aussi texturés. La « peau » est un peu déchirée par endroits, mais ce n’est pas grave, m’assure Dominique, les trous donneront des reliefs intéressants. Il a ainsi rapporté dans ses valises des empreintes des arbres du Brésil et d’ailleurs. Et il reconnaît dans chacun de ses « papiers » la trace de tel ou tel végétal, de tel ou tel corail, de tel ou tel coquillage rencontré au loin ou tout près, comme si chacune de ses œuvres ne faisait que prolonger le contact avec ces habitants de la forêt, des rives, des mers, des montagnes, comme un écho toujours vivant de l’exploration du lieu.P1030409

Après la balade, il nous invite à visiter son atelier. Il commence par nous montrer la pile hollandaise rapportée du Népal avec laquelle il fait sa pâte à papier, à partir d’un mélange de fibres de chanvre ou de kozo, selon la méthode japonaise, puis la presse, sur laquelle il a longtemps utilisé des plaques de cuivre pour faire de la gravure avant de se consacrer exclusivement au papier, avec des matrices diverses, fabriquées à partir des marques glanées au dehors. La pièce dans laquelle nous nous trouvons fait penser à un cabinet de curiosités, fait remarquer Isabelle, avec tous ces objets insolites qui nous environnent : pierres aux formes étranges, algues séchées, immense botte de chanvre, très haute, étagères portant des coquillages, des morceaux d’écorce, etc. Des objets qui disent les voyages, qui évoquent le geste de la cueillette, qui dénotent l’acuité d’un regard, l’amour des formes, des matières et des couleurs. Dominique travaille à partir de ses récoltes, de ses trouvailles, il les transfigure à l’aide des pigments et de son talent. Sur une longue table sont installés les immenses cadres des papiers/tableaux qu’il prépare pour une exposition à l’Écomusée de Montjean-sur-Loire (« Cap Loire » http://www.caploire.fr/) dédié au chanvre, qu’on utilisait pour les cordages, un élément essentiel dans l’histoire des gabares qui naviguaient sur le fleuve. Et puis, à notre grande surprise, il se met à décoller l’un de ses papiers, nous offrant le privilège de partager ce moment émouvant de la sortie du cadre, de la naissance d’une œuvre. L’émotion est palpable, nous restons de longues minutes silencieux devant le tableau accroché au mur, où des fibres de chanvre parcourent l’espace, contournant les traces marines, ressassant au passage des souvenirs de gabares remontant et descendant le fleuve.

© RBouvet

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Quand, enfin, Dominique ouvre devant nous Okeanos, le livre d’artiste qu’il a réalisé avec Kenneth White, un port-folio contenant de magnifiques manuscrits, nous sommes tellement captivées par l’œuvre qui se dévoile qu’il fera défiler toutes les pages, jusqu’à l’épilogue, sous nos yeux ébahis. Dans l’idée de prolonger l’œuvre plastique, le poète s’est laissé imprégné par la texture et les figures colorées tapissant les papiers pour interpréter à sa façon les traces inscrites à même la matière végétale et surimposer à son tour, à l’aide des mots, de nouvelles configurations. Ce qui rend la collaboration fructueuse et à plusieurs égards exceptionnelle, c’est le fait qu’ils composent chacun avec des matériaux totalement différents, mais à partir d’une démarche commune, géopoétique, dans laquelle chacun cherche à intensifier son rapport au monde. On se met alors à espérer que les trésors qui dorment sur les rayons seront un jour exposés, pour que tout le monde puisse admirer, comme nous, cette alliance de l’empreinte, du végétal et du verbe qui porte encore en elle quelques traces du dehors.

© CPavie

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Rachel Bouvet
2 juin 2013
(Photos de l’atelier de Dominique Rousseau publiées avec l’accord de l’artiste.)

Traces géopoétiques d’une fleur sauvage : la solidago et les arts forestiers

Communication présentée au colloque pluridisciplinaire international

Traces du végétal

organisé dans le cadre du programme Confluences de l’Université d’Angers

le 14 juin 2012.

À l’automne 2008, La Traversée, l’Atelier québécois de géopoétique, s’est associée avec l’organisme Territoire culturel, fondé par Domingo Cisneros et Antoinette de Robien, pour réaliser son huitième Atelier nomade, axé sur le thème du végétal. L’objectif initial était « d’explorer les plantes et les mots, de mettre les sens à l’épreuve, de palper les écorces, les feuilles et les mousses, de capter les couleurs et les sons de la forêt […] de confectionner des mets, des objets, des textes, des dessins, des cartes, autrement dit de donner libre cours à la créativité […]. 1» Suite à des discussions avec Domingo Cisneros, artiste d’origine mexicaine et amérindienne vivant au Québec depuis une quarantaine d’années, nous avons décidé d’expérimenter les arts forestiers à partir d’une plante sauvage, la solidago canadensis ou verge d’or, considérée au Québec comme une mauvaise herbe. Elle pousse surtout dans les terrains vagues, en bordure des routes ou dans les champs. D’un commun accord, nous avons choisi d’outrepasser les normes établies par les dictionnaires qui considèrent que le mot « solidago » relève du genre masculin. Comme le nom commun, verge d’or, est féminin, de même que les adjectifs servant à différencier les variétés de solidagos (graminifolia, rugosa, altisima…), nous avons décidé d’assumer ce choix et de continuer à parler de LA solidago.

(Lire la suite ici)