Le temps du gel – Pitci pipon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques pierres du ruisseau ont déjà revêtu leurs coiffes de gel; pourtant l’hiver n’est pas encore arrivé. Comment faire alors pour dire cet hiver qui n’en est pas un, ce pré-hiver en quelque sorte, qui précède les grands froids et les paysages tout enneigés?
Le mieux est d’aller voir du côté des langues nées dans ce pays où l’hiver a plusieurs visages, des langues qui ont délimité les saisons à partir d’une expérience des lieux et non en transposant le climat des pays européens. En atikamekw par exemple, il y a six saisons, dont l’une se nomme « Pitci pipon », le temps du gel. C’est le moment où les rivières et les lacs commencent à geler, ce qui correspond plus ou moins à la mi-novembre.
Jusqu’ici, cette date évoquait pour moi la première neige, qui ne reste jamais très longtemps, la pose des pneus d’hiver, l’installation des abris tempo qui défigurent les rues. Je n’avais pas encore eu la chance d’admirer cette métamorphose des roches pendant la nuit, cette peau blanche et luisante qui les recouvre, souvenir d’un froid mordant aux petites heures, cette beauté saisissante qui arrête l’oeil au milieu de l’eau vive. Cela valait bien la peine d’inventer un mot juste pour dire cette surprise du ruisseau au moment du premier gel, pitci pipon, et l’émerveillement de ceux qui suivent son cours en marchant sur ses rives.

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Fin d’automne

Le vert persiste sur les pierres
Quelques fougères s’attardent encore

Suivre du doigt les fractures de la roche
Effleurer les lichens rêches
Sans pouvoir déchiffrer ces cartes abstraites

Caresser la mousse qui se loge partout
Juste pour avoir la sensation d’être là

Un papillon absorbe les nuances du bois mort
La légèreté de la feuille
Le silence du mont

Des feuilles de hêtre solidement accrochées aux branches
Délicatement enroulées sur elles-mêmes
Parchemins retenant leurs secrets

Un cri fait lever la tête
Les outardes en plein ciel

Des centaines d’oies bruyantes et batifolantes
D’une rive à l’autre du lac Hertel
Impatientes de repartir

La couleuvre rayée… à moitié cachée…

Lumières d’été

En pleine avrillée

En pleine avrillée
le bourgeon
tout recroquevillé

Variations printanières

Premier temps, furtif,
d’un rythme à quatre saisons
Le chaton d’avril