Kabir Kouba: la rivière aux mille détours


Depuis une semaine, la carte du Parc linéaire de la Rivière St-Charles traînait sur mon bureau, et au moment de la ranger, ces deux mots, « Kabir Kouba », m’ont de nouveau interpellée.

Quand nous avons fait la balade géopoétique à la Rivière St-Charles en compagnie de Nicolas Lanouette, organisateur de l’événement pour l’îlot de La Traversée à Québec, nous nous sommes arrêtés à la maison O’Neil, où la carte de la rivière est dessinée par terre. J’ai été passablement étonnée des résonances arabes du nom de la chute Kabir Kouba. Kabir (ou kebir, selon les accents), cela veut dire « grand », et Kouba (ou koubba, comme on a l’habitude de l’écrire en français, mais il n’y a qu’une consonne en arabe) signifie « dôme, coupole, tombeau d’un saint homme, d’un marabout… ». J’ai donc laissé mon imagination voguer sur les eaux d’une chute immense tombant depuis le sommet d’un dôme gigantesque. Certains ont évoqué une vague origine montagnaise, mais personne ne connaissait la signification. Après une petite recherche, j’ai finalement appris que Kabir Kouba était le toponyme donné par les Montagnais à la Rivière St-Charles (pas uniquement à la Chute) et qu’il signifiait « La rivière aux mille détours ». Voici ce qui est écrit dans le dossier no 28 de la Commission de toponymie du Québec consacré aux toponymes des Hurons-Wendats:

« D’abord rattaché à la rivière Saint-Charles, le nom Kabir Kouba identifie maintenant la chute sise sur le cours de cette rivière à proximité du village de Wendake. Cette graphie a été préférée, en 1994, à celle de Cabircoubat, qui avait été approuvée en 1977. Selon Gabriel Sagard (1636), ce toponyme serait d’origine montagnaise et signifierait « rivière aux mille détours » en raison du cours méandrique de la rivière Saint-Charles. Cette origine nous paraît vraisemblable car nous avons relevé dans « Le Foyer Canadien », vers 1865, un nom wendat pour la rivière soit «Oriaouenrak». La forme «kaPirek8bak8» est rattachée à la rivière Saint-Charles dans «Racines montagnaises» compilées à Tadoussac avant 1695 par le père Bonaventure Fabvre.
Toponyme officiel: Rivière St-Charles; Variantes: Cabircoubat; Oria’enrak; Oriaouenrak » (p. 26)

J’ajouterais que cette propension aux détours me semble caractéristique de cette rivière, puisque j’ai dû faire un détour par la langue arabe avant de trouver sa signification chez les Hurons-Wendats. Et si l’on compte bien, 1000 + 1 détour, cela fait mille et un détours, ce qui la rapproche encore plus des lettres arabes…

Décidément, « Rivière St-Charles » ne rend pas justice à « Kabir Kouba, la Rivière aux mille détours », dont la richesse géopoétique se mesure à l’aune de ces méandres infinis qu’elle trace dans l’espace et dans les pensées. Sait-on jamais? Peut-être que ce nom ressurgira un jour à la surface de la carte du Québec et dans la mémoire des gens qui déambulent chaque jour sur ses rives.

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